Sommet tripartite Afghanistan / Pakistan / Iran : des motifs politiques pour une coopération sécuritaire

C'est le renforcement d'une coopération sécuritaire qui était à l'ordre du jour officiel de la rencontre tripartite entre l'Afghanistan, le Pakistan et l'Iran qui s'est tenue le 24 mai, car cette zone frontalière, le triangle d'or, dépourvue d'un pouvoir central fort, connaît un regain de violences dues aux extrémismes religieux et sert de plateforme tournante au trafic de drogue.

Si cette ouverture vis à vis d'une coopération est une attitude nouvelle, les lignes politiques de chaque dirigeant restent les mêmes : Hamid Karzai et Zardari tirent toujours leur légitimité et leur potentiel de l'administration européenne alors que Mahmoud Almadinedjad a opté pour une distance et une rhétorique lourde vis à vis des Etats Unis - élaborées à l'époque que l'administration de Georges W. Bush.

Conserver cette ligne politique du côté iranien et observer une attitude attentiste et neutre du côté américain, loin de prouver la naissance d'un front anti occident et la relative faiblesse de ce dernier, démontrent l'importance des résultats, pour chacun des deux camps, des élections iraniennes qui ont lieu en juin prochain.




La rémunération des dirigeants dans la crise : un débat faussé

La moralisation des acteurs de l'économie, notamment des dirigeants de grandes entreprises, est un thème récurrent en période de crise, qui cristallise un débat faussé. Car la suspension des bonus, en période difficile uniquement, proposé par les présidents américains et français notamment, valide d'autre part les rémunérations mirobolantes en temps normal – justifiées par la nécessaire incitation à la prise de risque. Si le débat laisse à penser que le marché des dirigeants réagit à des mécanismes rationnels, il occulte le fait que les parachutes dorés les protègent pourtant de cette même incitation.

Cette incohérence révèle que ce marché est perturbé par des phénomènes alternatifs dits « de stars », où, sur le modèle de l'oligopole, quelques dirigeants stars proposent leurs services à la plus offrante des nombreuses grandes entreprises. Ce système asymétrique mène d'autant plus à la surenchère que les rémunérations de ces derniers sont définies au sein du conseil d'administration composés d'autres dirigeants stars qui voient leurs salaires s'aligner à la hausse. Ainsi, en 1960 les patrons de l'indice SNPC 500 étaient rémunérés le double du président des Etats Unis – aujourd'hui, ce salaire a été multiplié par 60. Rien de moins sûr que les responsabilités aient suivi ce rythme exponentiel.

A lire :

Le Monde, 17 mars 2009. Philippe Askenazy, Salaire maximum

Telos, Pourquoi les patrons sont si bien payés ?

La France à Bruxelles : bâtir le leadership européen

L'influence française à Bruxelles: le vrai et le faux
Michel Troubetzkoy, EADS
Anne Dufermont, Dir Govt et Industry Affairs, Rohm & Haas
Henri Thomé, Dir des Affaires Européenes, Bouygues
Sonia Plecita-Ridzikova, policy officer, DG des Affaires Economiques et Financieres
Jean Quatremer, “Les Coulisses de Bruxelles”
Bertrand Deprez, Think Tank, The Centre

MEDEF
10 février 2009
Si le traditionnel retard français en matière de lobbying est en passe d'être comblé, ce n'est pas le cas du leadership français dans quelques institutions clé : elle ne pèse que 6% dans les commissions à dominante industrielle, santé, environnement, ou transport et les lobbys français restent sur-représentés à la culture et aux droits de l'homme alors que le travail de fond des think tanks n'est pas ou peu effectué et valorisé.

Cependant, le bilan positif de la présidence française de l'Union européenne a permis à la France d'acquérir une influence et une position offensive historique même si l'activisme de Nicolas Sarkozy a reflété les carences de la Commission européenne, notamment, ainsi qu'un attrait français connu pour les fonctions de prestige et de court terme au détriment des postes administratifs stables.

Ecouter le débat

Ethique et crise financière : regarder les indicateurs

Ethique et crise financière
Jean-Francis Pécresse, éditorialiste, Les Echos
Jean-Christophe Le Duigou, secrétaire de la CGT
Christian Walter, actuaire agrégé, spécialiste de la modélisation mathématique en finance

CNAM
Vers une éthique de la finance?

Chaque crise ouvre le débat sur la responsabilité des acteurs, leur éthique, leur nécessaire moralisation – un contexte dans lequel la rémunération des dirigeants cristallise toute les réactions. La France n'échappe pas à la règle, avec les « multiples propositions élyséennes émotives et éphémères qui préservent le caractère libéral du capitalisme » (Jean-Francis Pécresse) en faveur d'un pacte moral avec les entreprises (automne 2008), d'une répartition égale des bénéfices aux trois acteurs de l'entreprise ou contre le bonus accordé aux dirigeants de six grandes banques françaises (hiver 2009).

Si le rôle de chaque acteur a été de maintes fois décrypté, celui des universitaires a été peu souligné. Leurs modèles mathématiques – qui reprennent les mouvements broniens, inventés en 1905 puis formalisés en 1977 – est appliqués par les agences de notations, les banques et les assureurs dans les domaines de la régulation, de la comptabilité, de la trésorerie, de la répartition des bénéfices ou pour l'allocation d'actifs. Or ces équations sont fondées sur des théories mathématiques dont les modèles probabilistes suivent l'hypothèse d'un marché sous condition de concurrence pure et parfaite. En remplaçant les processus broniens par des processus non broniens, il apparaît que les risques liés aux produits titrisés ont été sous évalués par l'agence Moodys d'un facteur 5 (soit 5 fois trop de produits titrisés sur le marché) et que la concentration du risque en matière de gestion de portefeuille serait moins risqué que sa diversification.

Les analyses se concentrent aujourd’hui sur de probables comportements défaillants vis à vis de valeurs éthiques considérées dans l'absolu, alors que « ces valeurs, légitimes et justes, glissent, comme l'eau sur les plumes du canard, sur cette boite noire et dure de modèles mathématiques. » (Christian Walter).

Voir la conférence




Qui perd, qui gagne ? Les chiffres de la crise

La réaction pour contrer la crise financière est venue des Etats-Unis, premiers touchés par cette dernière : les 700 milliard de dollars du Plan Paulson serviront au rachat des actifs les plus toxiques mis en circulation. Le gouvernement britannique a engagé un plan de sauvetage des banques de 50 milliards de livres sterling.

En France, dont les comptes étaient vides selon Nicolas Sarkozy en janvier dernier, quelques 650 milliards d'euros ont été promis par le chef de l'Etat. On compte, pour le volet financier, un plan de soutien aux banques de 360 milliards d'euros et 10 milliards de versement en quasi-fonds propres aux principales banques françaises (dont 3 milliards pour le Crédit Agricole, 2,55 milliards pour la BNP Paribas, et 1,7 milliards d'euros pour la Société générale). Sur le volet de l'économie réelle, au 1 milliards d'euros d'exonération de la taxe professionnelle de l'Etat, qui engage par ailleurs des investissements directs à hauteur de 175 milliards d'euros en trois ans, s'ajoute le soutien financier des PME de 22 milliards d'euros. 22 milliards qui transiteront pour partie par les banques et viendront alimenter leur besoin de liquidités.

Ces chiffres astronomiques sont néanmoins nécessaires nécessaire au maintien du secteur financier et de l'économie réelle, en vertu de leur interdépendance. Cependant, ces temps de confusion laissent place à quelques dérapages et situations paradoxales, notamment les dépenses de plusieurs centaines de milliers de dollars des dirigeants d'AIG à l'occasion de vacances en Californie et d'une chasse à courre en Grande Bretagne alors que son sauvetage avait exigé 85 milliards de dollars et que la compagnie demandait une rallonge de 37,8 milliards de dollars. De même, il est paradoxal que les banques facturent du conseil aux différents gouvernements pour sauver leurs pairs : Bercy a d'ores et déjà dépensé 500 000 euros et les commissions bancaires du sauvetage de la Nothern Rock en Grande Bretagne s'élèvent à 100 millions de livres sterling.

A lire :

Le Monde, 11.10.2008, Les banques d'affaires s'enrichissent en conseillant les Etats pour qu'il sauvent…les banques !

Le Monde, 11.10.2008, Le krach boursier mondial met le G7 sous pression.

Le Monde, 27.10.2008, Dette publique, dette injuste.

Le Monde, 27.10.2008, L'horreur économique de M. Sarkozy.

La Tribune, 16.10.2008, Des dirigeants de AIG ont dépensé des fortunes lors d'un voyage de chasse en Angleterre.

Crise de 1929 / Crise des subprime : pourquoi la comparaison ?

La crise de 29 marque les esprits : l’effondrement de l’activité économique (suite à la baisse d’un tiers du niveau général des prix) et les 30% de chômage sont largement comparés à la crise des subprime actuelle.

Or, l’activité économique est ralentie car le manque de liquidités et la crise de confiance stoppent les prêts interbancaires, entraînent des risques de solvabilité auprès des établissements les plus endettés et poussent les épargnants à retirer leurs placements du marché monétaire.

Si le gonflement de la masse monétaire en vue de stabiliser l’économie avait fonctionné en 1930, la complexité actuelle due au procédé de titrisation est interne au système financier : agir directement sur l’économie réelle n’aurait que peu d’effets.

La sortie de crise passera probablement par une contraction du secteur financier, suivi des autres secteurs et de la croissance à moyen terme. En revanche, elle sera équilibrée par l’extrême dynamisme du commerce avec les pays émergents et par la réactivité des banques centrales : à terme, les agences de récupération des créances douteuses pourraient stabiliser l’économie et limiter le coût de la crise. C’est dans ce sens qu’a été voté le plan Paulson aux Etats-Unis, autorisant la reprise de ces créances à hauteur de 700 milliards de dollars.

Quand la banque sauve La Poste

Patrick Werner

CCIP

22 novembre 2007

La Poste a connu jusqu’à la création de la Banque Postale une longue histoire de services bancaires, les courriers individuels restant marginaux par rapport au soutient à l’activité des entreprises et banques, d’où l’invention du mandat puis du chèque postal.

Or la création de la Banque Postale, établissement régi par ses missions de services publics qui l’oblige à accepter l’ouverture d’un compte sans aucune condition, fut nécessaire pour maintenir l’activité postale et de ses 17 000 points de contact à travers le territoire.

Elle détient une base de clients suffisante pour de pas avoir besoin de démarcher mais ne pourra en outre pas atteindre son objectif de continuum dans la vie du client tant qu’elle ne sera pas en mesure de proposer de crédit à la consommation, c'est-à-dire dans 2 ans environ, le temps de proposer un appel d’offre à des organismes de crédit respectant les règles de la concurrence.

Les difficultés à venir pour la Banque Postale se posent comme autant de défis car la marge que s’accorde l’Etablissement sur le crédit l’oblige à se rattraper par ailleurs sur d’autres produits et services, entraînant une situation malsaine ; en outre la banalisation du livret A, outil de financement des logements sociaux en France, supprime un levier non négligeable de la mission d’intérêt général promue par la politique sociale de l’Etat.

 




Le Sommet de Deauville : Quelle vision stratégique et quels moyens militaires pour quelle politique étrangère européenne ?

Alors qu’Eurocorps, corps de défense européen composé de 1 000 hommes, fête aujourd’hui ses 10 ans, l’Europe questionne sa politique étrangère et les moyens militaires mis en œuvre pour l’assurer face à l’essoufflement des Etats-Unis en Irak, en Afghanistan et depuis la crise financière qui les secoue.

Or, le budget de défense européen ne dépasse pas les 200 milliards d’Euros et les 2 millions d’hommes. Limitée par ses moyens d’intelligence stratégique et de projection pour des opérations de maintient de paix sur des frontières éloignées, elle pâtit de blocages économiques (un budget limité) et de visions contraires, opposant la France, en faveur d’un pôle de défense autonome, et le Royaume Uni, qui cherche à privilégier l’alliance atlantique.

Dans ce contexte, le peu d’avancées obtenues au Sommet de Deauville restent considérables – à l’ordre du jour, sont discutés la mise à niveau de la flotte européenne d’hélicoptères et d’avions pour répondre aux problèmes de projection, ainsi que la création d’une flotte commune, d’un programme d’observation satellitaire et un « Erasmus militaire ».

A voir : l'analyse de Fabio Liberti, chercheur à l'IRIS : Vers une Europe de la défense fonctionnelle

Quelle gourvernance économique pour l’Europe : L’Euro

Jean Pisanni-Ferry, directeur de Bruegel (centre de débat et de réflexion européen spécialisé dans l'économie internationale) et professeur associé de sciences économiques à l'université Paris-Dauphine, membre du groupe d'analystes en politique économique (GEPA) de la Commission européenne et du Conseil d'analyse économique

Quelle gouvernance économique pour l'Europe?
CNAM
11 avril 2007

Les critiques adressées à la gouvernance de l'euro, par le gouvernement français notamment, portent sur le lien entre cette monnaie et la faible croissance de la zone euro, alors qu'une différence de croissance n'existe entre la zone européenne non euro, les Etats Unis, le Japon et l'ensemble Australie / Canada / Nouvelle Zélande et la zone euro*. Cela signifie que le problème majeur provient des grosses économies, France et Italie en tête - il s'agit de difficultés nationales.

Si la zone euro ne produit qu'une croissance ralentie, elle s'appuie en revanche sur un modèle de stabilité économique propice au développement alors qu'une forte croissance peut être destructrice de valeur - comme le démontre la récente crise des subprime faisant suite à une surchauffe de l'économie américaine. La Banque centrale européenne a démontré sa capacité de gestion de la crise - si bien que les banques britanniques ont utilisées leurs filiales européennes pour pallier leurs difficultés.

Toutefois, des questions inhérentes à la création de l'euro subsistent : les réponses uniques apportées par la BCE ne conviennent que peu à des pays qui connaissent des divergences de croissance, d'inflation, et des cycles immobiliers décalés. D'autre part, la  moitié des produits risqués (subprime) des Etats Unis restent placés en Europe (dont un tiers en Suisse) : cette forte dépendance pourrait à terme questionner les modèles de placement et les capacités à l'innovation financière En Europe.  Enfin, l'élargissement européen auprès de candidats au profil totalement différent des pays de la zone euro, la mondialisation, et le besoin accru de coordination face aux crises économiques et financières sont autant d'évolutions qui rendent l'euro, figé dans la politique monétaire européenne et les traités qui le régissent, peu adapté car inadaptable.

* Si la moyenne de la croissance de la zone euro est pondérée

A voir / à lire :

Télécharger la vidéo de la conférence de Jean Pisanni-Ferry

Charles Wyplosz, Bonne nouvelle : l'euro est fort

 

 

Le Kosovo, reflet d’une globalisation en dysfonctionnement

Richard Labévière (RFI) :  Emission Géopolitique, le débat Jean-Yves Camus, chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS)
Catherine Durandin, professeur à l'INALCO (Institut national des langues et civilisations orientales), attachée à l'IRIS

Emission Géopolitique, le débat - La déclaration unilatérale de l'indépendance du Kosovo (23.02.2008)

Le processus d'homogénéisation ethnique totale à l'oeuvre depuis quelques années se reflète aujourd'hui dans la dernière proclamation unilatérale d'indépendance : Le Kosovo. Car cette province, auparavant administrée par l’ONU en vertu de la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies (10 juin 1999), désire vivre par ses propres moyens mais voit sa population fuir une situation économique précaire où le chômage se situe officiellement à 45% - pendant que le territoire est investi de l'extérieur par des exilés économiques étrangers.

Cette situation rappelle la session de la Transnistrie d'avec la Moldavie en 1992, où l'occupation militaire de la 14ème armée russe a transformé de facto ce territoire en enclave russe qui sert, en outre, de dépôt et de production d'armement.

Ces tensions ethniques nouvelles depuis une dizaine d'années démontrent le lien entre désir d'indépendance ethnique et globalisation en marche : Dans une Europe qui ne reste qu'une zone de libre-échange, l'identité nationale représente le facteur de cohésion le plus facilement exploitable auprès des populations fragilisées.

A écouter:

Emission de Richard Labévière (RFI) : Géopolitique, le débat - La déclaration unilatérale de l'indépendance du Kosovo